La nouvelle mère juive s’appelle Maurice.

La nouvelle mère juive s’appelle Maurice.

En arrivant en Israël, je pensais arriver en territoire « Mère juive », le domaine absolu de la maman poule couvant sa progéniture d’un regard mêlé d’inquiétude paranoïaque et d’admiration sans borne.

Autant la partie admiration sans borne est vraie, pour l’inquiétude, on attend encore.

Que font donc ces troupeaux de pré-adolescent(e)s tard le soir dans les rues de Raanana, Netanya ou Tel Aviv?

N’y a-t-il donc pas une mère juive un peu inquiète pour aller courir derrière ses rejetons jusqu’à 3h du mat’ en les sommant de rentrer à la maison en les menaçant de se suicider par ingurgitation massive de gefilte fish (la menace étant forcément moins terrifiante pour une ashkenaze que pour une sépharade)?

Non?

Même en France, les mères juives, bien qu’ayant troqué la silhouette de Marthe Villalonga pour celle de la bimbo quarantenaire entretenant soigneusement leur cancer de la peau à coup d’UV chez Point Soleil (silhouette qu’elles finiront d’ailleurs par choper, ne faisait reculer la terrible échéance que de l’âge de 40 à celui de 60 ans… ce qui fait tout de même 20 ans de mariage de préserver), ont maintenu quelques traditions de ce côté.

Car même si elles veulent faire la « mère cool », elles continuent à faire semblant de dormir jusqu’à s’assurer que leurs fils aux cheveux piteusement gominés et leurs filles au fond de teint maladroitement étalé soient bien rentrer dans la nuit sains et saufs.

Qu’il est bon de savoir conserver quelques unes de nos coutumes ancestrales, et le mâle juif et nouveau israélien que je suis ne pouvait donc se résoudre à voir piétiner de la sorte, sur la terre même de nos illustres ancêtres que furent Abraham, David, Salomon et Sarit Haddad, le plus grand de nos héritages: la mère juive.

N’écoutant que mon courage, et ma rédactrice en chef, j’ai décidé de reprendre le flambeau et, désormais, la nouvelle mère juive s’appellera aussi Maurice… ou Serge, ou Patrick, bref, vous avez compris le concept.

Afin de féminiser mon attitude, j’ai dû modifier profondément ma vision des choses et mon vocabulaire.

Par exemple, lorsque ma femme me cachait mes affaires, j’ai donc appris que cela s’appelait « ranger », ou que posait délicatement un couteau sur le rebord de l’évier n’a absolument aucune signification pour les femmes, alors que pour le mâle humain ce geste possède le très subtile sens de « Je vais peut être me refaire un sandwich mais je ne suis pas encore tout à fait sûr ».

De même, il me faut impérativement acquérir cette capacité permettant de passer VRAIMENT l’aspirateur là où mon cerveau, sans doute berné par le sens de la vue étriquée masculine, était convaincu de l’avoir fait. Et puis, forcément, cesser de confondre les expressions « à la maison » et « à l’hôtel », que mettre les chemises sales sur le rebord du bac à linge ce n’est pas « ça » mettre au sale et que les chaussettes usagées n’ont pas pour but dans leur vie de finir systématiquement à côté du lit… et que s’occuper des enfants ne se limitent pas simplement à les conduire à l’école.

« Quoi? M’exclamais-je avec un étonnement non feint, ils mangent?… Si l’on commande des pizzas, ça suffit? »

Oh oui, j’en ai encore du chemin à faire, mais si tel est le prix à payer, je le paierai afin que tous les pères juifs soient aussi des mères juives comme les autres. Article Publié dans le "Balaganist"

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